Capsentis Podcats

Chroniques en temps de COVID-19 épisode 4

Le communiqué de presse du ministre des solidarités et de la santé du 11 mars annonce la création d ‘un comité scientifique pour « éclairer la décision publique »
La réunion de onze personnalités scientifiques, fussent-elles de hauts niveaux, ne suffit pas à constituer un comité scientifique. C’est toute la nuance entre comité scientifique et comité de scientifiques.
Le choix est tentant pour le pouvoir de créer un comité composé de telle manière qu’il aurait plus pour fonction de valider une politique que de l’influencer.

Il faudra imaginer la création d’un vrai comité scientifique indépendant qui sera aux pandémies ce que le GIEC est au climat.


Retrouvez-nous également sur votre plateforme de streaming préférée Apple podcast, Google podcast, Spotify ou Deezer

Comité scientifique ou comité de scientifiques, trois lettres qui changent tout !


Le communiqué de presse du ministre des solidarités et de la santé du 11 mars1 annonce la création d ‘un comité scientifique pour « éclairer la décision publique »

C’est donc avec cette caution scientifique que s’est déroulé le premier tour des élections municipales le 15 mars.

Mais comment onze personnes issues de disciplines différentes peuvent-elles constituer un comité scientifique ?

La science c’est avant tout le débat et la confrontation des idées

À mes yeux, les plus beaux exemples de confrontation des idées sont les joutes oratoires qui opposèrent pendant plus de vingt ans Albert Einstein2 à Niels Bohr3 à propos de la physique quantique.

Ce qui ne les empêchera pas de s‘apprécier et s’admirer mutuellement.

Rien de tel ne peut émerger de ce comité où chacun est le seul expert en sa spécialité.

Pour le politique il peut être tentant de se constituer un comité à sa botte

Il suffit pour cela de choisir les onze personnes en fonctions de leurs opinions et leur docilité. Le choix du professeur Raoult, pas assez docile, serait donc une erreur de casting .

Dans ce cas, la caution scientifique initiale ne serait-elle donc rien de plus qu’un verni ?

Difficile de ne pas penser que la composition d’un si petit comité scientifique n’ait été influencée par les options déjà prises dans la lutte contre la pandémie. On en voit très vite ses limites :

  • Pas d’expert en éthique, alors qu’il s’agira de prendre des décisions lourdes de conséquences sur nos libertés individuelles.
  • Pas ou peu d’experts en sciences sociales, alors que l’acceptabilité des mesures de confinement est un enjeu essentiel de la réussite.
  • Pas d’économistes non plus, alors que l’on va geler toute l’activité économique du pays .
  • Pas de sondeur non plus, alors qu’il sera matériellement impossible de réaliser les tests sérologiques sur toute la population pour savoir si l’on a atteint l’immunité de groupe. Il faudra donc être en mesure de déterminer un échantillon représentatif et extrapoler4 de manière fiable à partir de celui-ci. C’est le métier et le savoir faire des instituts de sondages tellement sollicités par nos politiques en temps normal.
  • Pas de spécialiste de la médecine de guerre alors que se profile le recours à une médecine de crise.

La qualité d’un comité ne s’évalue pas uniquement par celle de ses membres, mais aussi et surtout par la pertinence de sa composition.

Nul doute que chacun de ses membres ne soit une sommité dans sa discipline, cependant la qualité d’un comité ne s’évalue pas uniquement par celle de ses membres, mais aussi et surtout par la pertinence de sa composition.

Les recommandations du comité vont dans le sens de la politique choisie et de ce fait paraissent d’avantage valider les choix du gouvernement que les influencer.

Les indicateurs quotidiens que nous fournit Santé Publique France 5–7 vont dans le même sens, la boucle est bouclée.

Quant à l’ajout d’un « expert en numérique » par le décret du 3 avril8, il peut être vu comme le besoin de cautionner la volonté du gouvernement de déployer vaille que vaille StopCovid, l’application de traçage massif

Gouverner c’est prévoir,

SRAS-CoV en 2003 , MERS-CoV en 2012, SARS-Cov-2 en 20209, et quoi en 2028 ? Trois épidémies mortelles sont déjà survenues au 21e siècle devons nous attendre la prochaine les bras croisés ?

À la sortie de cette crise il faudra imaginer la création d’un vrai comité scientifique indépendant qui sera aux pandémies ce que le GIEC10 est au climat.

En période de crise on ne peut décider en fonction des seuls critères scientifiques

Les contraintes méthodologiques de la science ne sont pas forcément compatibles avec celles de la gestion de crise.

La gravité de la crise impose de faire des choix rapides. C’est la responsabilité du politique, du soignant, du citoyen qui est en jeu.

On peut très bien admettre que les expériences du professeur Raoult n’ont pas l’aval scientifique à 100 %. Mais est-ce une raison suffisante pour les rejeter. La gravité de la crise impose de faire des choix rapides. C’est la responsabilité du politique, du soignant, du citoyen qui est en jeu.

Et pour finir, dans le décret du 3 avril 20208 notre comité scientifique est devenu comité de scientifiques.

Trois lettres qui changent tout vous dis-je ?

Annexe

composition du comité de scientifiques

Mme Laetitia Atlani Duaultanthropologue
M. Daniel Benamouzigsociologue
Mme Lila Bouadmaréanimatrice
M. Simon Cauchemezmodélisateur
M. Franck Chauvinmembre du Haut Conseil de la santé publique
M. Pierre-Louis Druaismédecin généraliste
M. Arnaud Fontanetépidémiologiste
M. Aymeril Hoangexpert en numérique
M. Bruno Linavirologue
M. Denis Malvyinfectiologue
M. Didier Raoultinfectiologue
M. Yazdan Yazdanapanahinfectiologue
décret du 3 avril 20208

Bibliographie

1. CAB_Solidarites & CAB_Solidarites. Olivier Véran installe un conseil scientifique. Ministère des Solidarités et de la Santé http://solidarites-sante.gouv.fr/actualites/presse/communiques-de-presse/article/olivier-veran-installe-un-conseil-scientifique (2020).

2. Albert Einstein. Wikipédia (2020).

3. Niels Bohr. Wikipédia (2020).

4. Khalatbari, A. Covid-19 et déconfinement : l’art d’établir un échantillon représentatif. Sciences et Avenir https://www.sciencesetavenir.fr/fondamental/mathematiques/covid-19-l-art-d-etablir-un-echantillon-representatif_143570.

5. data.gouv. Données hospitalières relatives à l’épidémie de COVID-19 – data.gouv.fr. https://dashboard.covid19.data.gouv.fr/.

6. Géodes – Santé publique France – Indicateurs : cartes, données et graphiques. https://geodes.santepubliquefrance.fr/#c=indicator&f=0&i=covid_hospit.rea&s=2020-04-14&t=a01&view=map1.

7. Data.gouv. Tableau de bord COVID-19. Tableau de bord COVID-19 https://dashboard.covid19.data.gouv.fr.

8. Décret du 3 avril 2020 portant nomination des membres du comité de scientifiques constitué au titre de l’état d’urgence sanitaire déclaré pour faire face à l’épidémie de covid-19. (2020).

9. Coronavirus et Covid-19. Inserm – La science pour la santé https://www.inserm.fr/information-en-sante/dossiers-information/coronavirus-sars-cov-et-mers-cov.

10. Français GIEC — IPCC. https://www.ipcc.ch/languages-2/francais/.

Licence Creative Commons
Chroniques en temps de COVID-19 épisode 4 de Jean-Pierre Septembre est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons Attribution - Pas d'Utilisation Commerciale - Pas de Modification 4.0 International.

Pour citer cet article :
Jean-Pierre Septembre, "Chroniques en temps de COVID-19 épisode 4", Capsentis TV, https://capsentis.tv/podcasts/chroniques-en-temps-de-covid-19-episode-4/

En continuant à utiliser le site, vous acceptez l’utilisation des cookies. Plus d’informations

Les paramètres des cookies sur ce site sont définis sur « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience de navigation possible. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou si vous cliquez sur "Accepter" ci-dessous, vous consentez à cela.

Fermer